Comment élever un enfant réellement bilingue?

Comment élever un enfant réellement bilingue?

Quand j’ai rencontré l’homme qui allait devenir mon futur mari, j’ai d’abord pensé qu’on n’irait pas loin dans notre relation. En effet, j’avais toujours voulu épouser un homme francophone. Le français pour moi était super important! D’ailleurs, il l’est encore. Et je voulais que mes futurs enfants puissent parler la langue française couramment, avec naturel et fierté.

Quand notre relation a commencé à devenir sérieuse, j’ai dû me soumettre à l’évidence : mon futur mari serait anglophone. J’allais être une de ces femmes que je rencontrais souvent, lors des rencontres parents-élèves ou encore lors des activités communautaires. Ces femmes se plaignaient souvent qu’elles étaient les seules à parler français à la maison et que leur enfant choisissait souvent de parler anglais, même s’il comprenait très bien le français.

Quand j’ai eu ma fille, j’ai fait beaucoup de recherches sur ce qu’il fallait faire ou ne pas faire pour m’assurer de lui donner toutes les bases nécessaires pour bien parler la langue. Moi qui me targue d’être une puriste, je voulais que mes enfants soient meilleurs que moi dans leur maitrise de la langue.

Élever un enfant, qu’on veut voir aimer et parler le français, dans un milieu majoritairement anglophone, comme l’est le Canada, hormis le Québec, n’est pas mince affaire. Je me disais bien qu’être bilingue portait sa dose d’avantages : accès à plusieurs cultures, accès à davantage d’opportunités professionnelles plus tard, etc. Mais je n’arrivais pas à me convaincre que ces avantages étaient réels. J’avais vu trop d’enfants sortir du système scolaire francophone avec leur certificat de bilinguisme et leur français maladroit pour me cacher les faits réels qui défilaient trop souvent sous mes yeux. L’anglais était la langue dominante qui régissait les milieux fréquentés par ces enfants. Il n’entendait réellement le français qu’à l’école. Et encore! C’était un français parlé seulement par les enseignants qui ne pouvaient rivaliser avec le pouvoir de la langue dominante. Ces jeunes finissaient leurs études, parlant mal le français, se sentant mal à l’aise de parler en français et n’ayant pas réellement tissé de liens réels avec la langue française. Le seul avantage véritable réel que j’y voyais était une meilleure flexibilité cognitive : les jeunes issus de ces écoles francophones avaient la capacité d’adapter leur pensée, leur attention et leurs comportements face à des situations nouvelles, changeantes ou imprévues. Ils pouvaient envisager plusieurs perspectives et résoudre des problèmes de manière créative.

Quoi qu’il en soit, j’étais décidée à faire de mon mieux pour réussir à jeter les bases d’une éducation linguistique et culturelle francophone digne de ce nom, une éducation qui réussirait à vaincre la menace de l’assimilation anglophone toujours grandissante.

Je me suis mariée à mon charmant Anglophone. J’ai eu des enfants. Et j’ai mis mon plan à exécution :

1. Commencer tôt et adopter une stratégie familiale

Dès la naissance, je me suis astreinte à ne parler qu’en français à mes enfants. Plus un enfant est exposé jeune à une langue, plus l’acquisition est naturelle. Ils parlent anglais avec papa et avec les autres personnes de leur entourage. Mais avec moi, avec les membres de ma famille, tout se passe en français.

La plupart du temps, mes enfants me répondent en anglais. Mais je continue à leur parler en français. Heureusement, c’est devenu une habitude. Où que je sois, ma langue de fonctionnement avec mes enfants est le français.

De plus, nous avons fait les efforts nécessaires pour nous assurer qu’ils puissent fréquenter une école francophone (et non une école d’immersion francophone). L’école francophone enseigne le français comme langue maternelle et cherche à transmettre la culture francophone alors que l’école d’immersion enseigne le français comme langue seconde à des enfants dont la langue maternelle est l’anglais (ou autre).

2. Lire tous les jours et privilégier des activités en français

Nous savons tous que la lecture est l’outil d’apprentissage, de culture, de savoir, de partage le plus puissant. Je m’assure donc de privilégier des moments de lecture en français tous les jours avec les enfants. Bon, d’accord. Je vais être franche. Je n’y arrive pas tous les jours. Mais je suis consciente de l’impact positif que cela peut avoir et j’y consacre beaucoup d’efforts.

En plus de la lecture, nous apprenons et chantons des comptines en français, nous regardons des dessins animés en français, nous allons à des activités communautaires qui se déroulent en français (comme des festivals).

Enfin, une autre stratégie gagnante est de créer des occasions où les jeunes se trouvent dans des situations authentiques où ils ont besoin de communiquer en français. Quand ils se retrouvent avec d’autres jeunes purement francophones ou qu’ils passent du temps avec leurs grands-parents francophones (mes parents), je les vois qui mettent à profit la langue et la culture. Et quand cette initiative vient d’eux-mêmes, elle n’a pas de prix.

3. Ne pas traduire chaque phrase

Quand mes enfants me répondent en anglais, je ne leur demande pas de me parler en français. Je ne veux pas qu’ils associent la langue française à une langue de contrainte et de stress. Je veille à ce que leur apprentissage naturel de la langue repose sur le plaisir, le besoin de communiquer et la sécurité affective. Je leur parle en français, je reprends les mots et les termes anglais en français, leur donnant ainsi le vocabulaire nécessaire pour communiquer.

Mes efforts sont parfois récompensés quand je les entends parler en français spontanément avec moi ou entre eux, après un jeu en français, après un dessin animé en français, après l’école. Et je me sens fière et heureuse d’entendre leur pur accent enfantin, leurs intonations expressives qui sonnent si bien en français.

De même, je n’essaie pas de les corriger quand je les entends mélanger les deux langues. Quand ma fillette me crie : ‘’Maman, can I have pain avec beurre d’arachide?’’, je sais que c’est normal. Ce mélange des deux vocabulaires diminuera avec le temps. L’objectif est de développer la confiance linguistique, pas la perfection.

Ce qui compte vraiment, c’est d’entendre la langue régulièrement, de créer des occasions naturelles pour eux de la parler et de la lire. Et j’ai confiance qu’ils la conserveront et l’associeront à des moments chaleureux et intimes passés avec leur maman, en famille.



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